Passant entre Ciel et Terre

 

« Un jour, passant entre Ciel et Terre je me suis retrouvé, non sans un certain désarroi, incarné en un être humain ».

Cette phrase, chacun d’entre nous peut se l’être prononcée (peut être avec d’autres mots) à un moment ou à une autre de sa vie. Quand, il y a quelques années, j’ai commencé mes études de naturopathie - bientôt suivies par quelques autres années d’homéopathie - j’avais en moi cette phrase bien qu’elle me fût alors quelque peu cachée. Je pensais alors honnêtement que j’allais pouvoir « guérir » des patients grâce à des remèdes naturels assortis de quelques conseils d’hygiène de vie.

 

Brandissant mon étendard de « praticien de la santé », je partais en quête de mes premiers patients.

 

Foncièrement positif au fond de moi malgré la pollution, le nucléaire, les guerres et les diverses atrocités qui nous entourent de toute part, j’allais enfin pouvoir délivrer mes  frères humains (en tout cas, ceux qui accepteraient de venir me voir) des méfaits de la malbouffe, du stress et du grand Satan : j’ai nommé la médecine allopathique.

Après quelques humbles années de pratique, je fus alors bien forcé de constater que mes postulats de départ s’avéraient pour la plupart faux ou impraticables.

 

Le premier de ces postulats peut se résumer cette phrase : « les remèdes bien choisis guérissent ceux qui les prennent ». En fait, toutes les personnes saines d’esprit savent bien que cela est complètement faux : si guérison il doit y avoir, c’est qu’une sorte de décision, prise en quelque sorte à l’insu même de la personne, s’est produite. Alors seulement, et d’un seul coup, l’homéostasie du Corps-Esprit de cette personne se règle un peu différemment, et le changement se produit. Que des remèdes aient pu parfois aider à la dite guérison, cela n’est point contestable non plus. Mais les voies par lesquelles un remède particulier a agi sur une personne particulière, je défie quiconque de m’en détailler le menu. Bien entendu, c’est beaucoup plus rassurant de croire que les remèdes – et eux seuls -  guérissent : cela évite d’être responsable de nous-même, d’assumer pleinement notre vie d’être humain, passant entre Ciel et Terre.

 

Le deuxième postulat était le suivant : « les patients veulent guérir ». Là encore, rien n’est plus faux. En fait, on ne sait jamais vraiment pourquoi on va consulter un médecin, un naturopathe, un psychologue où que sais-je encore. J’irai même plus loin : « on ne sait jamais pourquoi on fait (ou on ne fait pas) quelque chose ». On croit savoir, mais c’est une autre histoire. La plupart des patients ne veulent pas guérir, et on se demande vraiment pourquoi ils le voudraient ! Pour vouloir guérir, il faudrait d’abord se demander de quoi on veut guérir. Et ça, bien malin qui peut le dire. J’en vois tout de suite qui ont les cheveux qui se dressent sur la tête :

-       Le médecin allopathe: « Il y a des malades qui ont des maladies. Des maladies il faut guérir! ».

-       Le naturopathe : « Il y a des émonctoires surchargés de toxines, il y a la pollution, le stress, l’hygiène de vie déficiente. De tout cela il faut guérir !».

-       L’homéopathe : « Il y a des symptômes qui gênent le patient. Des symptômes il faut guérir ! ».

-       Le patient : « Je souffre. De ma souffrance je veux guérir !».

 

A la réflexion, on finit par se demander si ce n’est pas de la vie qu’il faudrait guérir. Mais dans ce cas, on peut être tout à fait rassuré : de la vie, nous guérirons tous un jour.

Cela m’amène donc au postulat suivant.

 

Le troisième et dernier postulat est le suivant: « Il faut guérir ! ». En fait, il pourrait même être le premier postulat, sous-jacent aux deux autres : le « Postulat Père » comme on dit « La Mère des batailles ». Vous l’avez peut être remarqué : ce postulat est un impératif, une injonction même!

 

Ce qui est gênant avec les injonctions, c’est qu’elles ne donnent pas le choix. On pourrait même dire qu’elles font fi du libre-arbitre. Et comme je respecte le libre-arbitre en général, et celui de mes patients en particulier, j’ai décidé que je ne voulais plus me soumettre à cette injonction : l’injonction de guérir. Cela a eu évidemment quelques conséquences sur ma pratique, au point que j’ai fini par trouver malhonnête de me qualifier de naturopathe ou d’homéopathe. Qui étais-je, à soutirer du temps et de l’argent à mes patients, si je n’étais pas là pour les guérir ?

Cette question, j’ai probablement le reste de ma vie à y travailler. En attendant, j’ai enlevé le titre de « Naturopathe » de ce site, puisque ma pratique ne correspond plus à ce mot.

« Passant entre Ciel et Terre » n’est pas très précis comme profession, mais a l’avantage (en tout cas à mes yeux) d’être plus poétique que n ‘importe quel mot qui se termine en « pathe ». De plus, il résume à mes yeux ce qui nous réunit tous, êtres humains. Des passants entre Ciel et Terre.

Pour la même raison, la newsletter que j’animais -  info-naturopathie@supiot.org - va elle aussi disparaître pour laisser la place à une nouvelle née : passants-entre-ciel-et-terre@supiot.org. Comme je ne désire pas ennuyer ceux qui s’étaient inscrits pour lire des articles sur la naturopathie ou l’homéopathie, je ne transférerai pas automatiquement les adresses de l’ancienne liste sur la nouvelle. La rubrique « Se tenir informé » de ce site permet à ceux qui le souhaitent de s’inscrire sur la nouvelle liste.

 

Enfin,  et puisque c’est encore la période des vœux : « Que l’année entière vous soit douce et légère ».

 

 

 

 

 

 

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