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  1. Contrepoint à propos de la santé

Prendre sa maladie pour alliée

Introduction

L’homme est un être pensant et symbolique. C’est un être symbolique dans la mesure où il parle,  dans une langue qui est structurée par une grammaire (sujet, verbe, complément, …), laquelle impose sa structure à la plupart de nos communications. En effet, bien que l’on puisse communiquer de façon non verbale, la plupart du temps nous utilisons la parole, y compris pour communiquer avec nous-même (nos pensées emploient également le langage). Ma conférence ne peut être comprise sans d’abord se pencher sur ce point fondamental. La réalité « brute » n’existe pas pour l’être humain : les perceptions de nos sens sont en permanence transformées et interprétées, symbolisées. Il en est ainsi pour tous nos sens : le vue, l’ouïe, le goût, l’odorat (quoique l’odorat ait un accès direct au cerveau limbique, sans passer par le cortex), ainsi que le toucher. Et il en est de même pour cette forme particulière de toucher qui s’appelle la douleur. Par conséquent, ce que nous appelons notre réalité corporelle est également filtré, transformé, symbolisé par le cortex cérébral.

Ce que l’on appelle « maladie » se manifeste en nous par ce que l’on appelle des symptômes :

-          Symptômes dits physiques : boutons, douleur, fièvre, gêne, fatigue …

-          Symptômes dits psychiques : dépression, angoisse, peur …

Je voudrais insister sur le fait que, du point de vue de la perception subjective qu’a l’être humain de sa réalité psychique et corporelle, la distinction classique entre symptômes physiques et psychiques n’est pas pertinente. En effet, tous ces symptômes sont également symbolisés par le cortex frontal qui pour finir exprimera ces symptômes par des mots avec la structure de la langue dans laquelle ses mots s’expriment. Cela souligne toute l'importance de la formulation qu'emploie le thérapeute dans la communication avec son patient, et également l'intérêt qu'il y a pour le patient à reformuler l'information qui lui est donnée pour se l'approprier avec ses propres mots.

Pourquoi introduire cela ? Simplement pour souligner que la représentation qu’a une personne de sa maladie a tout autant d’importance, en tout cas pour elle, que la réalité extérieure des symptômes (fièvre, douleur, etc.) ou des examens médicaux (échographies, radiographies, résultats d’analyse sanguine…). Il faut également noter que le résultat de ces soi-disant mesures objectives, numériques, sera également interprété et symbolisé, tant par le « malade » que par le corps médical.

Pour prendre un exemple : une tumeur cancéreuse est, surtout quand elle est interne, une pure représentation symbolique : quand elle est détectée par des examens, la plupart du temps, le patient ne ressent encore ni douleur ni gêne physique. On voit donc ici de façon éclatante la primauté de la représentation symbolique (que va signifier pour le patient « j’ai un cancer », « j’ai une tumeur » ?), sur un soi-disant « réel ».

 

Note préliminaire sur la symbolique du crocodile

L’affiche de la conférence comporte un dessin aborigène représentant un crocodile.

 

Dessin aborigène de crocodile

 

Extrait du dictionnaire des symboles :

« Cosmophore ou porteur du monde, divinité nocturne et lunaire, maître des eaux primordiales, le crocodile dont la voracité est celle de la nuit dévorant chaque soir le soleil, présente, d’une civilisation ou d’une époque à une autre, quantité des innombrables facettes de cette chaîne symbolique fondamentale qui est celle des forces maitresses de la mort et de la renaissance. S’il est redoutable, c’est, à l’instar de toute fatalité, parce que la force qu’il exprime est inéluctable, comme la nuit pour que revienne le jour, comme la mort pour que revienne la vie ».

Je n’émets pour l’instant aucun commentaire sur cet extrait et je le laisse en suspens. Je reviendrai dessus à la fin de la conférence.

Note préliminaire sur le mot « patient »

 

Extrait du dictionnaire historique de la langue française (Alain Rey) :

« Patient patiente est emprunté (vers 1120) au latin patiens « endurant, qui supporte ». Il qualifie la personne qui supporte avec constance les défauts dautrui et qui souffre sans murmurer les adversités, les contrariétés il est substantivé pour désigner spécialement et couramment le malade par rapport au médecin (14ème siècle) ; en langue classique, il se rapportait aussi à celui ou celle qui subissait un châtiment.

La maladie telle quelle est symbolisée dans notre société

Dans le mot maladie, il y a « mal » : Les termes maladie et malade proviennent du latin male habitus signifiant qui est en mauvais état. (Wikipedia). Avec  une telle définition, il est vrai que la première idée qui vient à lesprit est que la maladie est une ennemie quil faut supprimer au plus vite. De plus, la société actuelle défend implicitement un idéal d’être toujours jeune et en bonne santé, ce qui entraine de facto la négation du vieillissement. Ultimement, nous sommes également en présence dun refus de la mort, avec le lot dangoisses non formulées qui va avec.

 

Quelle est cette maladie qui frappe à ma porte ?

Pour la personne qui la vit dans son corps et son psychisme, la maladie est tout dabord un ensemble de symptômes qui ont des conséquences concrètes sur sa vie (douleurs, fatigue, etc.) qui peuvent souvent être autant des conséquences des traitements que de la maladie elle-même. Parfois, la maladie est détectée par des analyses (prise de sang, etc.), alors même que le patient ne ressent rien dans son corps. Même dans ce cas, la maladie va avoir des conséquences concrètes sur la vie du patient (ex : chimiothérapie, chirurgie, alors même quil ny avait encore aucun symptôme physique). Lorsque la maladie survient, cest souvent toute la vie qui en est bouleversée. Et maintenant, puisque la maladie est indéniablement présente - en tout cas pour un certain temps -  dans notre vie, la question qui se pose bien sûr est celle-ci : quallons-nous faire avec (ou contre) elle ? Des questions/réactions surgissent :

        -  Pourquoi moi ?

        - Qu’ai-je fait de mal ?

        - C’est injuste !

        - Ou bien : je suis coupable : ma maladie est ma punition.

 Ces questions ne trouveront jamais de réponses immédiates satisfaisantes. La maladie est une irruption dun réel qui nous dépasse dans une vie bien ordonnée. Dis autrement: en tant qu'êtres symboliques, nous passons notre temps, pour donner un sens à ce qui se passe, à ordonner symboliquement le réel (je m'appelle untel, je fais tel métier ...). Nous sommes heureux quand le réel ne dément pas notre ordre symbolique, et nous sommes malheureux quand ce même réel vient démentir cet ordre symbolique. Ce démenti, qui arrive toujours et régulièrement, peut passer par des évènements extérieurs (accident, rupture sentimentale, etc.) ou bien par des évènements intérieurs: la maladie est un de ces évènements intérieurs qui rompt le bel ordonnancement symbolique que nous tâchons de maintenir pour donner un sens à notre réalité. Quoiquil en soit, la maladie est un fait qui ne peut être éludé, et il faut bien en faire quelque chose. Pour en faire quelque chose, l'esprit humain choisit une stratégie, symbolique elle aussi, pour représenter cette maladie. Nous allons maintenant aborder certaines de ces stratégies, celles qui sont les plus courantes.

 

La cause « extérieure » de la maladie: une stratégie d'évitement

Une idée communément admise est que la maladie provient uniquement dune cause extérieure, et que supprimer cette cause (virus, bactérie par exemple) va suffire pour revenir à la normale, comme avant. Toutefois, la plupart des maladies chroniques  ne guérissent pas simplement avec la prise de quelques remèdes. De plus, la prise de médicaments saccompagne presque toujours deffets secondaires qui ne permettent pas daffirmer que « la vie est redevenue comme avant ». Dans des maladies comme le cancer, les maladies cardio-vasculaires ou les maladies auto-immunes (hors cas très spécifiques), il devient difficile de soutenir qu'un agent extérieur soit la cause unique de la maladie. La théorie « tout vient de lextérieur » ne tient pas la route : même dans les épidémies, tout le monde ne tombe pas malade. Il y a donc bien un facteur interne, que Claude Bernard avait appelé « le terrain » qui entre en jeu. Le terrain cest, en particulier, la réaction plus ou moins adéquate de notre système immunitaire. Même quand la « maladie » peut-être imputée à une cause externe (accident, maladie professionnelle, etc.), le fait de désigner le coupable ne résout rien par rapport au vécu quotidien entrainé par cette maladie.

Quand on guérit, on ressort transformé de sa maladie. On nest pas exactement le même après que celui que lon était avant. Cest cela que nous allons approfondir.

 

La stratégie du déni

Lorsque lon apprend que lon est atteint dune maladie grave, la première attitude qui vient à lesprit est souvent celle du déni. Je refuse daccepter cette maladie qui vient de m’être annoncée. Je refuse den parler, de même prononcer son nom. On pourrait appeler cette stratégie la stratégie de lAutruche : si je nen parle pas, alors cela nexiste pas. Je refuse ne serait-ce que dy porter un instant mon regard. La stratégie du déni peut parfois durer des années : un porteur de virus HIV ou de l ‘hépatite C peut très bien maintenir la stratégie du déni pendant des années, en faisant croire aux autre et à lui-même quil nest pas malade. Toutefois, le déni ne permet aucunement davancer intérieurement : on reste bloqué, paralysé par le mot qui désigne la maladie en subissant les effets secondaires des traitements (trithérapies, interféron) sans pouvoir « en faire quelque chose » avec des mots puisque lon refuse den parler.

La stratégie du déni, parfois, nest pas tenable longtemps, l’évolution de la maladie rendant le déni intenable.

 

La stratégie du combat

La stratégie du combat est la plus évidente : je vais tout faire pour supprimer cette maladie qui gâche la représentation idéalisée que jai de ma vie. Je vais tout faire pour quelle disparaisse et que tout redevienne comme avant. Pourtant, une chose est certaine : tout ne redeviendra pas comme avant. La maladie nous aura transformés, peut-être mûris. Refuser par avance cette transformation, cest perdre une occasion davancer intérieurement, cest délibérément refuser un cheminement que la vie nous propose. Combattre sa maladie, cest se combattre soi-même ; cest se mener une guerre intérieure. Ultimement, combattre sa maladie, cest vouloir combattre la mort.

Notre mort est inéluctable : un jour ou lautre nous mourrons. Prendre la mort pour ennemie est un combat inutile et vain.

La stratégie de la responsabilité

Accompagner sa maladie (la soigner), c’est lui donner du sens ; c’est reconnaître que quelque chose frappe à notre porte que nous devons écouter. Soigner sa maladie n’est pas la combattre. C’est, littéralement, en prendre soin. Ultimement, c’est prendre soin de nous-même. Fondamentalement, nous avons plusieurs possibilités :

          - Je suis victime. En tant que victime, nous ne portons aucune responsabilité envers nous-même et notre santé. Le statut de victime comporte des avantages indéniables dans notre relation aux autres, mais ne nous permet pas de prendre en main notre santé : toute la responsabilité de notre éventuelle guérison est déléguée aux soignants et à leurs remèdes. Et si on ne guérit pas, ce sera de leur faute.

         -  Je suis coupable : « J’ai fumé donc j’ai un cancer du poumon », ou bien « J’ai eu des relations sexuelles non protégées, donc j’ai l’hépatite ou le Sida », ou encore  « Je me suis shooté, donc j’ai l’hépatite ou le Sida ». Dans tous les cas, ma maladie est une punition qui est la rétribution de ma faute, de mon péché.

         -  Je suis responsable : quelles que soient les causes de ma maladie présente, celle-ci est là et je suis le seul responsable de ce que je vais en faire. Etre responsable, c’est prendre sa propre vie en main au lieu de s’en remettre à autrui. C’est accepter de vouloir surmonter l’obstacle au lieu de chercher à tout prix à l’éviter, voire même à refuser d'accepter que cet obstacle soit là.

La stratégie de l'amour: la guérison spirituelle

Prendre soin de sa maladie, lui donner de lamour, cest réparer et guérir en soi-même les problématiques qui sont mises en lumière par cette irruption. Notez bien que je n'ai pas parlé de causes de la maladie. La, ou les causes de la maladie appartiennent au passé. Sur le passé on ne peut revenir. Seul le présent est une base sur laquelle on peut réellement travailler. De plus, si j'avais vécu dans un siècle passé, j'aurais pu dire que, concernant les cause, « dieu seul les connait ». Prendre sa maladie pour alliée, cest également prendre sa mort pour alliée. Cela na rien avoir avec un désir morbide. Il sagit simplement d'être conscient que le processus de maladie est un processus de transformation, et que la mort peut en être laboutissement. Ce processus de transformation, on peut s'y opposer coûte que coûte. On peut mettre toutes nos forces en œuvre pour le refuser, mais cela ne nous donnera pour autant aucune garantie sur l'issue de ce combat. On peut au contraire accepter ce processus de transformation, l'accompagner, et le transmuter en processus de guérison intérieure. Là encore, cela ne nous donnera aucune garantie sur l'issue. Pourtant, il y a une différence fondamentale avec l'attitude précédente. Cette différence, c'est que nous ouvrons notre cœur  à l'amour au lieu de le fermer. La différence, c'est que cette ouverture nous permettra peut-être une réconciliation avec nous-même et avec nos proches. C'est que, peut-être, notre regard sur le monde changera et que la bonté entrera en nous à la place de la peur et de la méfiance. Alors, peut-être, mais rien n'est jamais sûr, ce changement intérieur aura des conséquences extérieures, et le cours de la maladie évoluera d'une façon que n'avaient pas laissé prévoir les examens cliniques. Peut-être, ou peut-être pas: la guérison du cœur n'est pas concernée par l'issue physique.

La stratégie ultime: prendre sa mort pour alliée

Parfois, l’évolution de la maladie est telle que la mort en devient lissue probable. Arrivé à ce point, les mêmes stratégies (déni, combat, responsabilité, guérison spirituelle) qui ont été utilisées face à la maladie peuvent à nouveau prendre place, pour celui qui le vit dans son corps comme pour son entourage. La vie sur terre comporte deux passages inévitables: la naissance et la mort. Etre vivant, cest simplement être entre ces deux passages. Puisque lon est né, alors on doit mourir un jour. Lorsquil devient évident que ce jour approche - en tout cas, puisque tant que lon est vivant, rien nest écrit à lavance - il devient nécessaire de se pencher sur sa mort. La mort nest pas plus ennemie de la vie que la naissance ne lest. Elle est un passage angoissant à coup sûr, mais dont lidée lidée de sa propre mort gagne peut-être à être apprivoisée. En tout cas, lorsque la fin approche, il est difficile de ne pas être gagné par des questions existentielles. A ce moment là, lentourage du malade a un rôle clé : voir quelquun au seuil de la mort, cest envisager sa propre mort ce qui est pour beaucoup absolument insupportable. Pourtant, accompagner quelquun qui sapprête à appareiller pour le « grand voyage » est plus aisé si lon a un petit peu apprivoisé lidée de sa propre mort.

Que lon soit malade ou en bonne santé, prendre sa mort pour alliée, cest un retournement intérieur, cest lactivation du réacteur alchimique de guérison intérieure qui est situé dans notre cœur.

 

 

Note préliminaire sur le mot « patient »

 

Extrait du dictionnaire historique de la langue française (Alain Rey) :

« Patient patiente est emprunté (vers 1120) au latin patiens « endurant, qui supporte ». Il qualifie la personne qui supporte avec constance les défauts dautrui et qui souffre sans murmurer les adversités, les contrariétés il est substantivé pour désigner spécialement et couramment le malade par rapport au médecin (14ème siècle) ; en langue classique, il se rapportait aussi à celui ou celle qui subissait un châtiment.

La maladie telle quelle est symbolisée dans notre société

·         Dans le mot maladie, il y a « mal » : Les termes maladie et malade proviennent du latin male habitus signifiant qui est en mauvais état. (Wikipedia).

·         Idée que la maladie est une ennemie quil faut supprimer au plus vite.

·         Idéal d’être toujours jeune et en bonne santé.

·         Négation du vieillissement.

·         Refus de la mort.

Quelle est cette maladie qui frappe à ma porte ?

·         Pour la personne qui la vit dans son corps et son psychisme, la maladie est tout dabord un ensemble de symptômes qui ont des conséquences concrètes sur sa vie (douleurs, fatigue, etc.) qui peuvent souvent être autant des conséquences des traitements que de la maladie elle-même.

·         Parfois, la maladie est détectée par des analyses (prise de sang, etc.), alors même que le patient ne ressent rien dans son corps. Même dans ce cas, la maladie va avoir des conséquences concrètes sur la vie du patient (ex : chimiothérapie, chirurgie, alors même quil ny avait encore aucun symptôme physique).

·         Lorsque la maladie survient, cest souvent toute la vie qui en est bouleversée.

·         Et maintenant, puisque la maladie est indéniablement présente - en tout cas pour un certain temps -  dans notre vie, la question qui se pose bien sûr est celle-ci : quallons-nous faire avec (ou contre) elle ?

·         Des questions/réactions surgissent :

o   Pourquoi moi ?

o   Quai-je fait de mal ?

o   Cest injuste !

o   Ou bien : je suis coupable : ma maladie est ma punition.

·         Ces questions ne trouveront jamais de réponses immédiates satisfaisantes.

·         La maladie est une irruption dun réel qui nous dépasse dans une vie bien ordonnée.

·         Dis autrement: en tant qu'êtres symboliques, nous passons notre temps, pour donner un sens à ce qui se passe, à ordonner symboliquement le réel (je m'appelle untel, je fais tel métier ...). Nous sommes heureux quand le réel ne dément pas notre ordre symbolique, et nous sommes malheureux quand ce même réel vient démentir cet ordre symbolique. Ce démenti, qui arrive toujours et régulièrement, peut passer par des évènements extérieurs (accident, rupture sentimentale, etc.) ou bien par des évènements intérieurs: la maladie est un de ces évènements intérieurs qui rompt le bel ordonnancement symbolique que nous tâchons de maintenir pour donner un sens à notre réalité.

·         Quoiquil en soit, la maladie est un fait qui ne peut être éludé, et il faut bien en faire quelque chose. Pour en faire quelque chose, l'esprit humain choisit une stratégie, symbolique elle aussi, pour représenter cette maladie. Nous allons maintenant aborder certaines de ces stratégies, celles qui sont les plus courantes.

La cause « extérieure » de la maladie: une stratégie évitement

·         Une idée communément admise est que la maladie provient uniquement dune cause extérieure, et que supprimer cette cause (virus, bactérie par exemple) va suffire pour revenir à la normale, comme avant. Toutefois, la plupart des maladies chroniques  ne guérissent pas simplement avec la prise de quelques remèdes. De plus, la prise de médicaments saccompagne presque toujours deffets secondaires qui ne permettent pas daffirmer que « la vie est redevenue comme avant ».

·         Dans des maladies comme le cancer, les maladies cardio-vasculaires ou les maladies auto-immunes (hors cas très spécifiques), il devient difficile de soutenir qu'un agent extérieur soit la cause unique de la maladie.

·         La théorie « tout vient de lextérieur » ne tient pas la route : même dans les épidémies, tout le monde ne tombe pas malade. Il y a donc bien un facteur interne, que Claude Bernard avait appelé « le terrain » qui entre en jeu. Le terrain cest, en particulier, la réaction plus ou moins adéquate de notre système immunitaire.

·         Même quand la « maladie » peut-être imputée à une cause externe (accident, maladie professionnelle, etc.), le fait de désigner le coupable ne résout rien par rapport au vécu quotidien entrainé par cette maladie.

·         Quand on guérit, on ressort transformé de sa maladie. On nest pas exactement le même après que celui que lon était avant. Cest cela que nous allons approfondir.

La stratégie du déni

·         Lorsque lon apprend que lon est atteint dune maladie grave, la première attitude qui vient à lesprit est souvent celle du déni.

·         Je refuse daccepter cette maladie qui vient de m’être annoncée.

·         Je refuse den parler, de même prononcer son nom.

·         On pourrait appeler cette stratégie la stratégie de lAutruche : si je nen parle pas, alors cela nexiste pas. Je refuse ne serait-ce que dy porter un instant mon regard.

·         La stratégie du déni peut parfois durer des années : un porteur de virus HIV ou de l ‘hépatite C peut très bien maintenir la stratégie du déni pendant des années, en faisant croire aux autre et à lui-même quil nest pas malade. Toutefois, le déni ne permet aucunement davancer intérieurement : on reste bloqué, paralysé par le mot qui désigne la maladie en subissant les effets secondaires des traitements (trithérapies, interféron) sans pouvoir « en faire quelque chose » avec des mots puisque lon refuse den parler.

·         La stratégie du déni, parfois, nest pas tenable longtemps, l’évolution de la maladie rendant le déni intenable.

La stratégie du combat

·         La stratégie du combat est la plus évidente : je vais tout faire pour supprimer cette maladie qui gâche la représentation idéalisée que jai de ma vie. Je vais tout faire pour quelle disparaisse et que tout redevienne comme avant. Pourtant, une chose est certaine : tout ne redeviendra pas comme avant. La maladie nous aura transformés, peut-être mûris. Refuser par avance cette transformation, cest perdre une occasion davancer intérieurement, cest délibérément refuser un cheminement que la vie nous propose.

·         Combattre sa maladie, cest se combattre soi-même ; cest se mener une guerre intérieure.

·         Ultimement, combattre sa maladie, cest vouloir combattre la mort. Notre mort est inéluctable : un jour ou lautre nous mourrons. Prendre la mort pour ennemie est un combat inutile et vain.

La stratégie de la responsabilité

·         Accompagner sa maladie (la soigner), cest lui donner du sens ; cest reconnaître que quelque chose frappe à notre porte que nous devons écouter.

·         Soigner sa maladie nest pas la combattre. Cest, littéralement, en prendre soin. Ultimement, cest prendre soin de nous-même.

·         Fondamentalement, nous avons plusieurs possibilités :

o   Je suis victime. En tant que victime, nous ne portons aucune responsabilité envers nous-même et notre santé. Le statut de victime comporte des avantages indéniables dans notre relation aux autres, mais ne nous permet pas de prendre en main notre santé : toute la responsabilité de notre éventuelle guérison est déléguée aux soignants et à leurs remèdes. Et si on ne guérit pas, ce sera de leur faute.

o   Je suis coupable :

§  Jai fumé donc jai un cancer du poumon,

§  Jai eu des relations sexuelles non protégées, donc jai lhépatite ou le Sida

§  Je me suis shooté, donc jai lhépatite ou le Sida.

§  Dans tous les cas, ma maladie est une punition qui est la rétribution de ma faute, de mon péché.

o   Je suis responsable : quelles que soient les causes de ma maladie présente, celle-ci est là et je suis le seul responsable de ce que je vais en faire.

·         Etre responsable, cest prendre sa propre vie en main au lieu de sen remettre à autrui. Cest accepter de vouloir surmonter lobstacle au lieu de chercher à tout prix à l’éviter, voire même à refuser d'accepter que cet obstacle soit là.

La stratégie de lamour : la guérison spirituelle

·         Prendre soin de sa maladie, lui donner de lamour, cest réparer et guérir en soi-même les problématiques qui sont mises en lumière par cette irruption. Notez bien que je n'ai pas parlé de causes de la maladie. La, ou les causes de la maladie appartiennent au passé. Sur le passé on ne peut revenir. Seul le présent est une base sur laquelle on peut réellement travailler. De plus, si j'avais vécu dans un siècle passé, j'aurais pu dire que, concernant les cause, « dieu seul les connait ».

·         Prendre sa maladie pour alliée, cest également prendre sa mort pour alliée. Cela na rien avoir avec un désir morbide. Il sagit simplement d'être conscient que le processus de maladie est un processus de transformation, et que la mort peut en être laboutissement. Ce processus de transformation, on peut s'y opposer coûte que coûte. On peut mettre toutes nos forces en œuvre pour le refuser, mais cela ne nous donnera pour autant aucune garantie sur l'issue de ce combat.

·         On peut au contraire accepter ce processus de transformation, l'accompagner, et le transmuter en processus de guérison intérieure. Là encore, cela ne nous donnera aucune garantie sur l'issue. Pourtant, il y a une différence fondamentale avec l'attitude précédente. Cette différence, c'est que nous ouvrons notre cœur  à l'amour au lieu de le fermer. La différence, c'est que cette ouverture nous permettra peut-être une réconciliation avec nous-même et avec nos proches. C'est que, peut-être, notre regard sur le monde changera et que la bonté entrera en nous à la place de la peur et de la méfiance. Alors, peut-être, mais rien n'est jamais sûr, ce changement intérieur aura des conséquences extérieures, et le cours de la maladie évoluera d'une façon que n'avaient pas laissé prévoir les examens cliniques. Peut-être, mais peut-être pas. La guérison du cœur n'est pas concernée par l'issue physique.

La stratégie ultime: prendre sa mort pour alliée

·         Parfois, l’évolution de la maladie est telle que la mort en devient lissue probable.

·         Arrivé à ce point, les mêmes stratégies (déni, combat, responsabilité, guérison spirituelle) qui ont été utilisées face à la maladie peuvent à nouveau prendre place, pour celui qui le vit dans son corps comme pour son entourage.

·         La vie sur terre comporte deux passages inévitables: la naissance et la mort. Etre vivant, cest simplement être entre ces deux passages. Puisque lon est né, alors on doit mourir un jour. Lorsquil devient évident que ce jour approche - en tout cas, puisque tant que lon est vivant, rien nest écrit à lavance - il devient nécessaire de se pencher sur sa mort.

·         La mort nest pas plus ennemie de la vie que la naissance ne lest. Elle est un passage angoissant à coup sûr, mais dont lidée lidée de sa propre mort gagne peut-être à être apprivoisée. En tout cas, lorsque la fin approche, il est difficile de ne pas être gagné par des questions existentielles. A ce moment là, lentourage du malade a un rôle clé : voir quelquun au seuil de la mort, cest envisager sa propre mort ce qui est pour beaucoup absolument insupportable. Pourtant, accompagner quelquun qui sapprête à appareiller pour le « grand voyage » est plus aisé si lon a un petit peu apprivoisé lidée de sa propre mort.

·         Que lon soit malade ou en bonne santé, prendre sa mort pour alliée, cest un retournement intérieur, cest lactivation du réacteur alchimique de guérison intérieure qui est situé dans notre cœur.

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