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  1. Contrepoint à propos de la santé

Santé, Maladie, Guérison: vers une autre approche

Conférence donnée par Bruno Supiot, naturopathe.

 

Santé et Maladie

Santé et maladie ne peuvent se concevoir l’une sans l’autre, de la même façon que « haut » n’existe que par rapport à « bas ». Dans le même ordre d’idée, on ne peut définir la santé sans faire référence à la maladie : à  l’absence de maladie, en l’occurrence.

Bien entendu, on peut introduire des gradations à l’intérieur de cette définition : on est d’autant plus en santé qu’on est peu malade, et réciproquement.

Dans tous les cas, on s’aperçoit vite que pour pouvoir définir la santé, il faudra d’abord nous occuper de la maladie. Toutefois, à titre de « mise en bouche », je vous suggère de méditer sur les définitions « officielles » suivantes de la santé :

 

Définition du petit Robert:

« Bon état physiologique d'un être vivant. Fonctionnement harmonieux de l'organisme pendant une période appréciable. »

On soulignera ici l’imprécision voulue de « période appréciable » qui signifie avant tout que l’état de santé est impermanent.

 

Citation de Duham:

« L'état de santé est reconnaissable à ceci que le sujet ne songe pas à son corps. »

La citation de Duham est caractéristique d’une certaine vision occidentale de l’être humain qui réduit le corps à une contingence obligatoire (ah, si l’on ne pouvait être que pur Esprit ! ) , source de souffrances : si on songe à son corps, c’est que l’on est malade. Que dire alors de la jouissance physique (goût, sensations, plaisir..) ?

 

Définition de la santé selon l'OMS (Organisation mondiale de la santé):

«État de complet bien-être physique, mental et social, ne consistant pas seulement en une absence de maladie ou d'infirmité ».

Avec une telle définition, on peut douter que beaucoup de monde soit en bonne santé.

Définition occidentale de la maladie

Selon les époques et les cultures, la notion de maladie a pu varier grandement. Mais même en nous en tenant aux définitions occidentales actuelles, nous allons voir que le concept de maladie, relié à celui de symptôme, recouvre deux aspects qui ne se rejoignent pas toujours :

Aspects objectifs :

Ceux qui peuvent être mesurés par la science. Ils sont mesurables extérieurement (ex : fièvre, boutons) qualitativement, et surtout quantitativement.

Aspects subjectifs 

Ceux qui sont éprouvés par la personne. Ils rejoignent parfois les aspects objectifs (ex : une personne se sent fiévreuse, ce qui peut être objectivé par une prise de température). Parfois ils ne peuvent qu’être subjectifs (ex : la douleur ne peut être mesurée avec aucun appareil externe).

 

Définition de la maladie selon le  Larousse médical:

« Altération de la santé d'un être vivant. Toute maladie se définit par une cause, des symptômes, des signes cliniques et paracliniques, une évolution, un pronostic et un traitement ».

 

Cette définition de la maladie est celle de la médecine « officielle » occidentale. Mais avant d’aller plus loin, explicitons les termes qui peuvent ne pas être familiers à tous :

-          Clinique : « qui concerne l'observation du patient » (par le médecin) ;

-          Paraclinique : examens complémentaires (radio, échographie, …) ;

-          Signe : ensemble de symptômes ;

-          Symptôme : « Phénomène, caractère perceptible ou observable lié à un état ou à une évolution (le plus souvent morbide) qu'il permet de déceler ».

 

En remarque préliminaire nous pouvons constater que, de nos jours, la clinique est de plus en plus envahie par la paraclinique, et que la médecine se cache de plus en plus derrière ses appareils de mesure.

Plus profondément, nous pouvons souligner l’ambition démesurée d’une telle définition. En effet, si tout le monde s’accorde à dire qu’une maladie est d’abord définie par des signes et des symptômes, les autres termes de cette définition ne manquent pas de soulever un questionnement :

-          Une cause. 

Tout d’abord, il aurait été plus judicieux de mettre ici le pluriel (« des causes ») tant beaucoup de maladies sont aujourd’hui reconnues comme ayant des origines polyfactorielles. Ensuite, ce que nous nommons « causes » peut être sujet à variations selon le temps et les cultures : la médecine traditionnelle chinoise (MTC) définit un système de causes et de conséquences très différent de la médecine occidentale. Pourtant, cette médecine soigne des millions de personnes de par le monde. Enfin, même notre médecine moderne n’a parfois aucune idée des causes d’une maladie. En ce cas, elle utilise l’adjectif « essentiel » pour la qualifier (ex : Hypertension artérielle essentielle (HTA) => Hypertension sans cause connue).

-          Une évolution. 

Dans beaucoup de maladies, l’évolution n’est pas toujours prévisible par la médecine. Mais certains médecins, se sentant « obligés » par cette définition, vous assènent un pronostic malheureusement parfois auto-réalisateur (« vous n’en avez plus que pour quelques semaines. Prévenez vos enfants et faites votre testament »).

-          Un pronostic. 

Le pronostic est la perspective d’évolution de la maladie avec le traitement associé. Les mêmes remarques s’imposent que pour l’évolution précédemment citée.

-          Un traitement. 

C’est ici que la médecine allopathique diverge le plus des médecines dites « alternatives » ou « complémentaires », telles que la naturopathie ou l’homéopathie. En effet, associer une maladie et un traitement suppose de soigner tous les patients souffrant d’une même « maladie » avec le même traitement. On soigne ici la maladie, et l’on oublie souvent le patient. On est dans le traitement « de masse » comme les supermarchés sont les temples de la consommation « de masse ». Le fondement même de tous les protocoles de validation d’un médicament (tests en double-aveugle sur un échantillon de population statistiquement significatif) repose sur ce couple maladie/traitement. On établit alors des courbes statistiques qui doivent prouver que le rapport bénéfice/risque est correct. Ce que l’on oublie au passage, c’est qu’il s’agit de statistiques : tant mieux si vous faites partie de ceux pour qui le traitement amène un bénéfice supérieur aux risques (effets secondaires, parfois mortels), et tant pis pour vous sinon.

Attention, mon propos n’est pas ici de nier les progrès fantastiques qui ont été introduits par la médecine moderne (antibiotiques, chirurgie, réanimation, …). Ces progrès sont des acquis au service de l’humanité. Toutefois, constater ceci ne dispense pas de poser certaines questions. Les approches différentes  telles que la naturopathie ou l’homéopathie sont à mes yeux « complémentaires » et non « alternatives » (au sens où il faudrait faire un choix entre les deux).

Approche de la santé par le concept d'homéostasie

  • Concept introduit par Claude Bernard (1813-1878), physiologiste français
  • Étymologie grecque (homios = semblable; stasis = position)
  • « État d'équilibre du milieu intérieur qui résulte de tous les mécanismes de régulation de l'organisme ».
  • État dynamique, car le point d'équilibre du corps peut varier en réponse à diverses situations, mais toujours dans les limites étroites propres au maintien de la vie.

 

Vu sous l’angle de l’homéostasie, nous allons pouvoir donner de nouvelles définitions de la santé et de la maladie :

 

  • Santé : fonctionnement correct des mécanismes de régulation de l’organisme ;
  • Maladie : mauvais fonctionnement des mécanismes de régulation :
    • Débordés ou saturés ;
    • Déréglés (ex : maladies auto-immunes).

 

Nous pouvons remarquer que ces définitions s’appliquent aussi bien aux maladies « physiques » qu’aux maladies « psychiques » (étant entendu qu’aucune maladie n’est entièrement physique ou entièrement psychique).

Le système immunitaire

A la lumière de ce qui vient d’être dit, on peut définir le système immunitaire comme l’ensemble des mécanismes de régulation de l’organisme. On voit donc que tout ce qui touche au système immunitaire affecte profondément l’individu et sa capacité à réagir aux « attaques » internes ou externes dont il peut être la cible.

            Les vaccins :

Sans entrer dans la polémique entre les pro et les anti-vaccins, on peut simplement constater que la vaccination contre une « maladie » (et à fortiori contre plusieurs maladies (tretracoq, pentacoq)) peut modifier en profondeur le mode réactionnel de l’organisme. La doctrine vaccinale actuelle est toujours « allopathique », c’est à dire qu’elle considère la masse des individus à vacciner comme un tout, et ne s’embarrasse pas (ou très peu) de considérations individuelles. Introduire un peu d’individualisation dans les stratégies vaccinales permettrait certainement de limiter certains effets secondaires certes rares mais qui peuvent être graves (ceci est un sujet très polémique mais reconnaissons que dans ce domaine comme dans d’autres, « l’absence de preuves n’est pas la preuve de l’absence »).

            La reconnaissance du soi et du non-soi :

Une caractéristique fondamentale du système immunitaire est sa capacité à distinguer le soi du non-soi (« l’étranger »). Je ferais à ce propos simplement deux remarques à méditer :

1)     Les cellules cancéreuses subissent des modifications telles qu’elles sont normalement reconnues comme « non-soi » par le système immunitaire (notamment les fameuses « T4 » tueuses). L’organisme subit en permanence des « micro-cancers » qui sont habituellement détruits dès leur naissance par le système immunitaire. La survenue d’un cancer « déclaré » (une tumeur d’un millimètre de diamètre contient déjà plus d’un milliard de cellules, et a pris naissance plusieurs années auparavant) suppose forcément une dégradation de celui-ci.

2)     Le mécanisme de digestion, qui consiste à fractionner ce que l’on avale (qui est « étranger »), puis à l’incorporer dans l’organisme via le sang sans laisser passer d’éléments pathogènes, est un processus fondamental du système immunitaire. Une cause majeure des maladies réside dans une dégradation des capacités de digestion correctes de l’organisme. C’est d’ailleurs un « cheval de bataille » de la naturopathie. De plus, il est intéressant de constater qu’une bonne partie de la digestion est effectuée par la flore saprophyte de l’intestin (bactéries « amies », mais faisant parties du « non-soi »). Soit dit en passant, le nombre de bactéries présentes dans l’intestin dépasse celui de l’ensemble des cellules du corps humain.

3)     La « digestion » des émotions ressemble beaucoup à la digestion des aliments. Lorsque l’on digère mal, il ne s’agit pas seulement d’aliments.

 

Les maladies auto-immunes :

Une maladie est dite « auto-immune » lorsque le système immunitaire s’attaque à ses propres cellules (qui les considère alors comme étrangères : « non-soi »). La polyarthrite rhumatoïde, la sclérose en plaques, sont des exemples de maladies considérées comme auto-immunes.

Le Cancer n’est pas habituellement considéré comme une maladie auto-immune. Pourtant, on peut considérer qu’il est l’exact miroir des maladies auto-immunes « classiques » puisqu’ici des cellules « étrangères » (les cellules cancéreuses, sont normalement détectées et détruites par le système immunitaire) ne sont pas reconnues comme telles, et ne sont donc pas détruites. Sous cet angle, le Cancer peut être vu comme une maladie auto-immune « à l’envers ».

Considérations sur la maladie vue comme une alliée

Le point de vue médical classique (qui rejoint généralement le point de vue du patient) considère la maladie comme une ennemie à abattre. Le but de tout traitement allopathique est d’éradiquer la maladie qu’il est censé combattre.

La naturopathie,  au contraire, considère la maladie (ou plutôt : les symptômes exprimés par la maladie) comme le mode réactionnel qu’a adopté l’organisme afin de répondre à des agressions réelles ou supposées (dans beaucoup d’allergies, l’agression devient éminemment subjective: le pollen au printemps ne déclenche pas un rhume des foins chez tout le monde).  Ces agressions peuvent être de natures diverses et variées :

-          stress cellulaire (les fameux radicaux libres),

-          stress psychique : surtout s’il est répété dans le temps (ex :conditions familiales, conditions de travail). Le stress psychique, bien que très subjectif (dans les mêmes conditions objectives, deux personnes peuvent réagir très différemment), peut très bien déclencher des pathologies très « physiques » (en particulier: le stress continu stimule en permanence le système sympathique, réduisant ainsi en permanence les capacités digestives de l’individu).

-          Surcharge de toxines (pollution, alimentation incorrecte, …).

 

 Partant de ce constat, le naturopathe va chercher à  « accompagner » la maladie, et non la combattre. Le but n’est bien sûr pas de laisser la personne avec ses souffrances, mais bien de respecter les rythmes du corps et de l’esprit. La maladie a surgi en réaction à ce que l’organisme a perçu comme une agression. Se contenter de supprimer violement les symptômes ne résout rien en profondeur. Au contraire, on risque de voir les symptômes évoluer vers des couches plus profondes et plus graves. C’est ce qui se passe souvent lorsque l’on tente de supprimer un eczéma avec des pommades corticoïdes : l’eczéma disparaît parfois au profit de l’asthme (poumons), bien plus grave.

Respecter le patient, c’est aussi respecter ses symptômes. Certains symptômes, aussi surprenant que cela puisse paraître, peuvent contribuer à l’équilibre global de la personne. Supprimer autoritairement de tels symptômes peut avoir des conséquences catastrophiques (maladie plus grave,  dépression, etc.).  Ce n’est qu’en accompagnant la personne en douceur et en aidant l’organisme à ne pas « sur-réagir » que l’on pourra passer d’une situation de souffrance (ce pourquoi la personne consulte) à quelque chose de plus facile à vivre.

            La signification des symptômes (ce quel le mal-a-dit)

Comme nous l’avons évoqué précédemment, la médecine appelle un « signe » un ensemble de symptômes. Sans vouloir faire ici de la psychanalyse sauvage, il est intéressant de pouvoir transformer un « signe » en un « signifiant ». Ceci est vrai à plusieurs niveaux :

-          Au niveau « psychique », le patient peut s’interroger sur le « pourquoi » de ses symptômes. Sa situation de vie actuelle ou passée peut faire surgir en lui des associations d’idées porteuses de sens. Je veux clarifier ici mon propos qui n’est pas d’effectuer une association préméditée entre des parties du corps en souffrance et un sens général psychique qui pourrait être appliqué de façon mécanique (ex : mal aux genoux = difficulté entre le « je » et le « nous »). Le sens sera celui que le patient pourra – éventuellement – lui donner. La question est ici peut-être plus importante que la réponse. L’essentiel, c’est que la personne devienne actrice de sa propre vie et donc, pour ce qui nous importe ici, de sa maladie.

-          Au niveau du corps, les symptômes physiques sont très clairement des « signifiants corporels ». A ce propos, il est intéressant de noter qu’une des théories les plus novatrices sur le fonctionnement de l’homéopathie (cf Madeleine Bastide et Agnès Lagache) repose sur cette notion de « signifiant corporel ». 

La guérison

A la lumière de ce qui vient d’être dit, quelle signification peut-on donner au mot « guérison » ?

Je vais laisser à chacun le soin d’y réfléchir mais je ne peux m’empêcher de terminer cette conférence par une boutade :

 

            On n’est définitivement guéri de la vie que quand on est mort.

 


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